SEMIANYKI EXPRESS

Saint-Pétersbourg, deux minutes d’arrêt.
Ils jouaient à guichets fermés au Rond-Point en 2007 et en 2011. Les clowns Semianyki, mot russe pour « famille », ont triomphé partout avec leur tribu de fous furieux et de monstres de tendresse, version ruskov des Simpson. Ils reviennent avec un nouveau spectacle sans mots. Ils ont tellement bourlingué, ce sera leur sujet : le voyage. Un quai de gare, un train. Une expédition, une promesse de départ. On retrouve les gamines de la famille, Elena, Yulia et Marina, en trois sœurs loin de Tchekhov, caractères trempés, décidées à en découdre avec tout. Kasyan, ex-sale gosse, se transforme en chef de gare avec un goût désuet pour la tyrannie. Olga, ex-mère, devient une vamp qui cherche son chemin entre lascivité et hystérie, et l’ex-patriarche Sacha, barman ahuri, renonce à tout sauf à l’alcool.
La troupe est née en 2002 au Teatr Licedei de Saint-Pétersbourg, bastion du cirque soviétique. Tous ont la trentaine aujourd’hui, et la même énergie, même besoin d’écarter les murs, d’empoigner le public. L’âme slave n’a rien à voir là-dedans. Leur langage est universel. C’est la force de l’image et du mouvement, les dérapages sans contrôle, un festival de dingueries loufoques. Avec coups de poings, chutes libres et pieds dans les tapis. Désopilants, ils prennent l’émotion à rebrousse-poil et font pleurer des salles. Les Semianyki jouent d’une férocité absurde, déclenchent à la fois l’hilarité, la douce empathie et l’effarement. Pierre Notte