80 000 000 DE VUES, opéra-slam de Nathalie Négro

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Issu d’un laboratoire nomade et participatif, 80000000 de vues est une création se situant entre l’opéra et le mélodrame, une proposition qui bouscule les codes classiques et se nourrit d’une forme contemporaine originale : le slam.

80 000 000 de vues raconte l’histoire d’Asmaa Mahfouz, une des grandes figures de la révolution égyptienne de 2011, qui fit tomber Hosni Moubarak. Le 18 janvier 2011, la jeune Asmaa Mahfouz poste sur le net une vidéo : elle y appelle les Egyptiens à se rassembler contre l’oppression du raïs Moubarak. Le réseau s’enflamme et le peuple commence à converger vers le centre du Caire. Asmaa rencontre un groupe de jeunes femmes qui la reconnaissent et reprennent en chœur son message.
Plus tard, lorsqu’Asmaa se repose sur la place Tahrir, les soldats, déguisés en manifestants, enquêtent sur les fauteurs de troubles. Pour protéger ses intérêts, l’armée décide de pousser Moubarak à la démission, une fin de régime que les manifestants accueillent dans la liesse, sans saisir le jeu de dupes qui les prive de tout pouvoir.
Asmaa prend seule la mesure de la supercherie et ne peut qu’assister, impuissante, à la violence dont ses amies sont victimes. Arrêtées lors d’une manifestation, elles doivent se soumettre au « test de virginité » imposé par l’armée, afin de dissuader les femmes de tout engagement civique. Asmaa se tourne alors vers le public et lui raconte en adresse directe sa vie depuis l’épisode traumatisant du test de virginité imposé à ses amies. Le récit arrive alors au moment présent de la représentation et se termine par les derniers messages postés par la vraie Asmaa Mahfouz sur les réseaux sociaux, où elle est très active.

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« À l’origine de cette création, il y a la volonté de provoquer des rencontres atypiques », explique Nathalie Négro. Pour ce projet, issu d’un laboratoire participatif qui s’est bâti dès l’origine avec un groupe de femmes et slameuses de Marseille, la musicienne s’est entourée de l’auteur et metteur en scène Eli Commins, du compositeur Alexandros Markeas et de la slameuse Camille Case.

Les deux premiers ont été choisis pour la force de leurs créations et leurs expérimentations, qui les conduisent à s’intéresser à des démarches transdisciplinaires. C’est Eli Commins qui propose de raconter l’histoire d’une femme dans la révolution égyptienne, inspiré par la vidéo d’Asmaa : « Tout était là. La rythmique verbale devenait une mélodie et formait une unité », se souvient Nathalie Négro.

Une vidéo dont l’histoire rencontre l’Histoire : après avoir appelé les Égyptiens à se rassembler place Tahrir, Asmaa se déconnecte du réseau. Pendant ce temps, la toile s’enflamme, et le peuple converge vers le centre du Caire. Face aux personnages d’Asmaa et de sa grand-mère, les slameuses scandent le récit à la manière d’un choeur de spectatrices, jouant leur propre rôle : des jeunes femmes vivant en France face à des héroïnes égyptiennes du même âge.

Pour le compositeur, la richesse des voix de cet opéra sera féminine : « L’écriture vocale s’appuiera sur les métamorphoses des voix de femmes, qu’elles soient parlées ou chantées, berceuses murmurées ou cris de colère. »

Mais pour Nathalie Négro, ce projet a aussi une autre vertu : « La place des femmes dans l’opéra du 19e siècle a toujours été confinée à des fins tragiques. Je voulais au contraire leur redonner une place d’héroïne forte et indépendante d’un référent masculin. »

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