POMPEE de Corneille, m.e.s. Brigitte Jacques-Wajeman

En Egypte, Ptolomée et Cléopâtre, le frère et la sœur, tout jeunes. Leur père est mort récemment, laissant le pouvoir à ses deux enfants, et le soin de régler sa dette à l’égard de Rome ; dette morale à l’égard de Pompée, financière à l’égard de César. Les efforts conjugués des deux grands Romains avaient en effet remis le pouvoir entre les mains du roi, leur père, réduit à l’exil. Pendant cet exil à Rome, Cléopâtre encore adolescente avait séduit César.

Aujourd’hui César et Pompée sont ennemis. Pompée, vaincu par César à Pharsale, vient chercher refuge en Egypte. Ptolomée, qui  s’est emparé du pouvoir, et son ministre Photin le font assassiner. La haine de Rome, jointe à l’intolérable dette à son égard, les pousse à cet acte terroriste. 

César rend les honneurs à Pompée mort. C’est un acteur consommé, mais il lui est impossible de cacher un sourire quand sa tête lui est présentée. Il est maintenant seul maître du monde. Serait-il l’ordonnateur secret de cet assassinat ?

La veuve de Pompée, Cornélie, n’en doute guère. Prisonnière de César, bouleversée par le meurtre de son époux perpétré sous ses yeux, elle ne craint pas de lui dire qu’elle veut sa mort. Cependant elle le sauve, lorsqu’à son tour César est menacé : sa haine pour lui est sans doute moins forte que son horreur des Egyptiens.

Cléopâtre, enfin, attend César. Elle sait ce qu’elle lui doit. Elle devine qu’elle ne sera qu’un instant le repos du guerrier.

À la fin du jour, César a maté les résistances du peuple égyptien. Ptolomée et ses ministres sont morts, et c’est, comme séparée de la moitié d’elle-même, que Cléopâtre accède au trône où le seul bon plaisir du Romain la fait asseoir. Un trône qui « l’abaisse en l’élevant » et qu’elle ne désire plus.

Pompée est le seul véritable héros de cette terrible pièce, mais il est mort, avant de paraître sur le théâtre. Rome désormais ne produira plus de héros.

Avec Pompée, Corneille quitte définitivement toute croyance dans une politique souveraine et bienfaisante. Il quitte Rome où il situait Horace et Cinna ; il nous emmène en voyage et ouvre le cycle de ses pièces coloniales sur le tableau d’un épouvantable carnage, le champ de bataille de Pharsale, au soir de la victoire de César sur Pompée. Il est alors inspiré par le grand poète latin, Lucain. Pharsale est l’image emblématique de la guerre civile. Nul héroïsme dans l’évocation de cette bataille, mais une lumière de crépuscule qui tombe sur un champ de mort sans gloire et sans mémoire dans lequel s’amoncellent :

Des montagnes de morts privés d’honneurs suprêmes…

Ptolomée, roi d’Égypte, jeune souverain instable et capricieux, veut infliger à Rome une blessure dont elle ne devrait pas se remettre, et décide de faire assassiner Pompée qui vient trouver refuge à Alexandrie :

Dans le sang de Pompée, éteignons sa fierté…

Et donnons un tyran à ces tyrans du monde !

Ce meurtre mis en scène comme un attentat terroriste, nous rappelle les vidéos qui révélaient la décapitation filmée d’otages, postées sur internet par les islamistes, et qu’aucun Etat n’a voulu montrer au public. Dans la pièce, la décapitation de Pompée est racontée par un témoin visuel du crime et fait entendre aux spectateurs ce qui leur est interdit de voir, la violence inouïe, insoutenable de ce meurtre politique.

Corneille mêlant tout au long de la pièce une ironie cinglante, distanciée, à un pessimisme amer et douloureux, donne une couleur très contrastée à cette tragédie où, malgré l ‘exquise présence de Cléopâtre, dont il fait une jeune femme courageuse et tendre, l’angoisse du complot terroriste domine.

Lien vers le dossier pédagogique du Théâtre de la Ville