UN BEAU MATIN, ALADIN

Il était une fois un pays qui avait perdu la mémoire. Les mots avaient disparu ou bien c’est leur sens qu’on avait détourné, annulé même. On ne pouvait plus trouver de repères. On était perdu. C’était une scène vide… quand soudain une femme vêtue comme un oiseau vint s’y poser.

Comment redonner vie au désert ? Comment faire renaître ceux qui n’étaient plus là ? Com­ment retrouver leurs histoires disparues ? Cette femme oiseau ne pouvait rester seule dans la désolation. Elle eut alors cette idée : parler, raconter, inventer, réinventer même ce pays disparu. Cette femme oiseau avait un pouvoir magique. Dès qu’elle se trouvait sur une scène elle savait entrer dans le temps et y trouver ce qui redonnerait la vie. Elle avait ce pouvoir magique de lutter contre la mort en mettant en branle l’imaginaire. Elle décida de vaincre la mort en inventant des histoires. Alors se retournant elle-même comme un gant elle retrouva ce qui avait été perdu. Elle plongea sous la scène et en remonta avec d’incroyables histoires. Comme un pêcheur qui lance son filet pour y piéger des génies flottants.

Et quand elle fit trembler ses lèvres les génies apparurent, les palais, les chevaux, les chamelles, les labyrinthes réapparurent. La soie se refit une route. Les rêves se mirent en branle. Elle se remit à dire : « Il était une fois… »

Charles TORDJMAN

Cette femme-oiseau, c’est Agnès Sourdillon. C’est elle la conteuse, elle qui donne ses mots et sa voix à ces histoires fabuleuses.

«  Après beaucoup de lectures, de plongée en apnée dans des livres d’images, de grandes nuits et courtes siestes, de tours de stade et cafés, errances et cheveux embrouillés, voilà une première ébauche de pistes :

- penser à un public de 8 ans jusqu’aux arrière-grands-parents.

- penser que c’est avant tout un terrain de jeu pour marionnettes.

- ne pas se perdre dans Les Mille et Une Nuits, suivre les intuitions fulgurantes de Charlie avec un recentrage sur Aladin, un coup de coeur l’histoire de la besace, l’inspiration des miniatures persanes, ne pas se priver d’effets spéciaux et autres miracles chinois.

- privilégier l’oralité, fuir le style galant, enrubanné, prolixe et moraliste de Galland, faire entrer la modernité en s’inscrivant le plus simplement possible dans la ronde des conteurs, ne pas avoir peur de réinventer et malaxer tout cela comme une histoire vivante.

- ne pas louper ce qui fait la rareté des Mille et Une Nuits : les contes en cascade à partir d’un conte cadre, le mélange des styles.

Une histoire à tiroirs faite :

D’un avertissement en guise de prologue

D’un récit édifiant : l’histoire de Shéhérazade

D’un conte d’humour et de ruse : l’histoire de la besace

D’une histoire avec du merveilleux : l’histoire d’Aladin

D’un épilogue. »

Agnès SOURDILLON

Lire le dosssier "Pièces (dé)montées" du Sceren-CNDP

Photos du spectacle :